Depuis un an, une bénévole accompagne régulièrement Pierre*, un petit garçon accueilli à la Pouponnière de la Flèche. Elle partage avec nous son expérience.
Qu’est-ce qui vous a amenée à devenir bénévole ?
J’ai toujours rêvé d’être bénévole pour des enfants. Il y a 7 ans, j’avais contacté la Croix-Rouge, mais ils ne proposaient plus de bénévolat dans ce domaine. Je me suis donc tournée vers un autre engagement, auprès de personnes âgées, ce que je fais toujours.
Puis, par une connaissance, j’ai entendu parler de La Flèche. J’ai beaucoup réfléchi avant de me lancer : est-ce que j’aurai le temps ? Est-ce que je pourrai m’engager sur le long terme ? Finalement, je me suis dit que c’était ce que j’avais toujours voulu faire. J’ai rencontré l’équipe de la Pouponnière et c’est ainsi que j’ai fait la connaissance de Pierre*, alors âgé de 4 ans et demi.
Comment s’est passée la première rencontre avec l’équipe ?
Très bien. L’équipe m’a expliqué mon rôle, les règles à respecter, et m’a laissé un temps de réflexion. Mais au fond de moi, je savais déjà que j’avais envie de me lancer. J’avais surtout le désir de donner un peu de joie aux enfants.
Et votre première rencontre avec Pierre* ?
C’était le 14 avril 2024. J’avais un peu d’appréhension : peur qu’il soit triste ou apeuré. Mais il s’est tout de suite montré très ouvert. Nous avons joué aux Lego et le courant est passé immédiatement.
Comment se sont déroulées les rencontres suivantes ?
J’ai eu la possibilité de sortir avec lui en dehors de la Maison d’Enfants, mais pas trop loin la première fois. Nous sommes allés à Tour & Taxis et il n’a pas vraiment apprécié. Pour la suite, j’ai cherché des activités plus adaptées pour les enfants, dans le but qu’il soit heureux. Nous discutons parfois ensemble des idées d’activités et en fonction du temps, j’essaie de lui faire plaisir. Nos activités sont très variées : plaine de jeux, musée des Sciences naturelles, spectacle de marionnettes, sans oublier le musée du train, le grand train à vapeur à Rebecq ainsi que le petit train à vapeur de Forest. Pierre adore les trains et connaît déjà énormément de choses sur les trains. Parfois, nous allons manger un hamburger, il adore ! Et pour son anniversaire, un repas un peu plus festif. J’essaye aussi d’être présente aux moments importants pour lui comme la fancy-fair de son école et la fête de fin d’année organisée par la Maison d’Enfants. Cela me semble important pour lui montrer que je suis là pour lui.
Qu’est-ce que vous aimez le plus dans cet engagement ?
Le voir heureux. Mais cela ne veut pas dire oui à toutes ses demandes. Je mets des limites, car je pense que c’est aussi une façon de lui montrer qu’on tient à lui. Une fois, il m’a lâché la main sur un quai et a couru. J’ai eu très peur et je lui ai expliqué que c’était dangereux. Depuis, il me demande avant de s’éloigner.
Il me réclame parfois d’acheter des choses dans les magasins, mais je lui explique que dans la vie on ne peut pas tout avoir et que l’important, c’est d’être ensemble.
Qu’est-ce qui est le plus difficile ?
On ne connaît pas le parcours de l’enfant et il n’est pas toujours facile de savoir ce qu’il aime ou ce qu’il veut. Pierre* par exemple a toujours faim et j’ai appris après plusieurs mois que cela pouvait être en lien avec son histoire familiale.
C’est aussi frustrant de ne pas pouvoir faire des sorties avec ses frères ou d’autres enfants.
En ce moment, ce qui est le plus difficile, c’est qu’il vient de changer d’institution et que je n’ai plus de nouvelles. Je me pose plein de questions, qui restent pour le moment sans réponses. En principe, le lien avec le bénévole doit se poursuivre, mais la mise en place peut prendre du temps. Pour moi, c’est dur… et je me dis que pour lui aussi, cette attente doit être difficile. J’espère qu’il ne se sent pas abandonné par moi.
Selon vous, qu’est-ce que cela apporte à Pierre* ?
Il faudrait lui poser la question (sourire). Mais je le vois heureux quand je viens le chercher, quand nous passons du temps ensemble et quand il retourne à la Maison d’Enfants après nos sorties. Je pense que ce sont des moments d’évasion et de liberté qui lui font du bien.
Que diriez-vous à quelqu’un qui voudrait devenir bénévole ?
Je lui dirais qu’il faut surtout être régulier et disponible, mais une fois toutes les trois semaines, c’est déjà très bien. On ne s’engage pas à la légère, car pour l’enfant, la stabilité est essentielle. Mais en échange, on reçoit énormément : le voir rire, courir, pédaler à vélo, discuter… c’est une vraie récompense.
Et pour la suite ?
Aujourd’hui, ma priorité reste Pierre*. Je réfléchis aussi à la possibilité de devenir sa famille de parrainage officielle, plutôt que simplement sa bénévole.
*prénom d’emprunt.